Lab · deep map

Skawanotti — Deep Map Pass 1 : La Carte

April 19, 2026

deep mapupdated Apr 19, 2026

Deep Map — Pass 1 : La CarteParticipants : Jocelyn Sioui (Interviewé, Artiste) · Animateur (Intervieweur) · Technicien (setup) · Équipe (post-entrevue, Speakers 4–5)Durée : ~46 minutes · Lieu : Bord de la rivière des Prairies, parc Gouin, MontréalMode : Deep Map · Pass 1
[00:01]

Prétournage — matériaux des pancartes extérieures

Table des matières
[00:01]Discussion sur la durabilité des pancartes — matériau CLU avec plaque d'aluminium vs choroplast qui tord et dont les couleurs partent (raised by: Jocelyn)
[01:13]

Mise en place technique

[01:13]Coordination caméra-son, test de positionnement (Technicien, Animateur)
[01:20]Blague de Jocelyn sur la technologie — "je peux parler contre lui, puis il va m'entendre"
[01:37]

Introduction formelle de l'entrevue

[01:40]Présentation du lieu — marche le long de la rivière des Prairies, aux abords du parc Gouin, au départ de l'œuvre Skawanotti (Animateur)
[02:04]

La rivière des Prairies — Skawanasi

[02:04]Nom autochtone Skawanasi — signifie "rivière derrière l'île", cœur historique du territoire (raised by: Animateur à 01:57)
[02:13]La rivière comme autoroute historique — coureurs des bois et Autochtones pour le commerce des fourrures
[02:21]État actuel de la rivière au printemps — eau très haute, fort courant
[02:24]Barrage hydroélectrique construit au début du XXe siècle — a fait monter le niveau de l'eau, transformant le paysage
[02:31]Rives autrefois beaucoup plus proches entre Laval et Montréal (~600 pieds estimés)
[02:40]L'ancien grand rapide dangereux — empêchait le canotage, nécessitait un portage en amont
[02:53]Mort de Nicolas Viel — premier Saint-Martyr canadien, historique de la nomination du Sault-au-Récollet
[03:05]Critique de la catégorie "Saint-Martyr" — fondée sur le terme "sauvage"
[03:11]Ouetsique — le jeune homme mort avec Viel, inspirateur de l'écriture de Jocelyn, a donné son nom à l'arrondissement Ahuntsic
[03:39]Îles disparues entre Laval et Montréal — englouties par la montée des eaux depuis le barrage
[04:03]Barrage de l'île de la Visitation — encore présent, responsable de la transformation du cours d'eau
[04:15]

Histoire géologique et archéologique de l'île de Montréal

[04:15]Montréal n'était pas une île à la base — territoire recouvert de kilomètres de glace
[04:27]Formation de l'île il y a 10 000 ans — fonte des glaciers, apparition du Saint-Laurent et de la rivière des Prairies
[04:36]Fréquentation humaine depuis environ 9 000 ans
[04:40]Traces archéologiques retrouvées près de l'église d'habitation
[04:51]Vestiges paléo-indiens de plus de 5 000 ans — découverts un peu partout sur l'île
[04:59]Traces submergées par la montée des eaux du barrage — camps de pêche, maisons longues possibles, ensevelis dans le sol
[05:22]

La rivière comme symbole de l'invisibilisation

[05:22]La rivière comme métaphore — elle a rendu invisibles des traces physiques, comme l'histoire a rendu invisibles les Autochtones
[05:38]Skawanotti comme réponse — rendre audible ce qui a été rendu invisible
[05:42]Posture artistique centrale — "tu ne veux pas me voir, mais tu vas m'entendre"

[06:06] La marche comme médium artistique *(raised by: Animateur à 05:49)*

[06:06]Liberté du rythme — pas d'obligation de faire le parcours au complet
[06:09]Entrée par code QR — accessible à pied, à vélo, en courant
[06:20]Inversion du rapport artiste/public — le public dicte son rythme, contrairement au spectacle de scène
[06:36]Parcours de 12 postes — participation partielle aussi valide
[06:43]Intimité de la voix dans l'oreille — magnifique selon Jocelyn
[07:02]Retour à la tradition millénaire du conte oral — "ça ramène à l'entre du monde"
[07:10]Pertinence dans une époque qui va vite — désir d'intimité narrative
[07:25]Parc Maurice Richard — occasion de présenter des héros autochtones en contrepoint
[07:37]Héros autochtones oubliés — Condiaronc, Teganisorens, Tesouat, Tecumseh (guerre de 1812)
[08:11]Écoute optionnelle — la personne arrête quand elle veut, "pas plus compliqué que ça"

[08:35] Pourquoi l'histoire autochtone est inconnue à Montréal *(raised by: Animateur à 08:20)*

[08:44]Rapport Durham — Québec déclaré "peuple sans histoire", choc pour les Canadiens français au XIXe siècle
[09:00]Invention d'une histoire nationale canadienne-française — rupture avec les Autochtones imposée par les Britanniques
[09:13]Objectif colonial — faire taire les voix autochtones pour s'emparer du territoire
[09:18]Loi sur les Indiens — traités signés, puis Autochtones confinés pendant que les terres étaient appropriées
[09:39]Invisibilisation particulièrement marquée dans l'Est — histoire plus ancienne, peuples affaiblis par des guerres
[09:51]Comparaison avec la Colombie-Britannique — rapport autochtone radicalement différent, histoire plus récente
[10:02]Montréal identifiée comme la pire grande ville canadienne pour la présence autochtone
[10:15]Histoire de 9 000 ans sur l'île — "on n'en parle pas"
[10:18]Absence de parc à l'honneur de la Grande Paix de Montréal
[10:31]Nouveaux parcs et lieux toujours nommés sans références autochtones — malgré une politique municipale de reconnaissance
[10:57]Contraste avec Toronto et Vancouver — présence autochtone clairement visible
[11:04]"En Montréal, on fait du déni. On fait encore du déni."

[11:18] Les sentiers comme mémoire vivante *(raised by: Animateur à 11:09)*

[11:18]Le sentier actuel peut être un ancien sentier de portage — marchés en ce moment même
[11:31]Boulevard Gouin — sentier autochtone documenté
[11:35]Sentier des Sauvages renommé Sentier des Messagers — sentier historique toujours en usage, nom changé par convenance
[11:55]Fort-Lorette fin XVIIe siècle — dernier village autochtone de l'île de Montréal
[12:12]Mode de défriche autochtone — coupes circulaires, pas à la française
[12:17]Cultures des trois sœurs — courge, fève, maïs; petits fruits, melons
[12:30]Commerce à Montréal — vente du sucre d'érable à Ville-Marie en suivant ces sentiers
[12:40]Sentier entre le cimetière et le Collège Saint-Louis — nommé Sentier des Sauvages, menant au Vieux-Montréal
[12:58]Sentiers jamais disparus — renommés mais toujours utilisés aujourd'hui
[13:13]Transformation progressive et universelle — sentier → chemin → route → autoroute
[14:04]Philosophie de la marche — on marche toujours dans les pas de quelqu'un d'autre
[14:27]Le sillon comme trace — un sentier existe parce qu'il a été marché "tellement, tellement"
[14:45]Forêts entretenues par les Autochtones pour la chasse — espacement volontaire des arbres
[15:04]Observation in situ — arbres espacés à côté de l'école Sophie Barra comme possible trace de gestion territoriale
[15:46]Ruisseaux comme axes de navigation — tous ensevelis ou desséchés à Montréal
[15:59]Ruisseau Rimbaud — l'un des plus vieux encore visibles, depuis le Mont-Royal jusqu'au parc Rimbaud
[16:21]Rue Joliette / Hochelaga — ruisseau enseveli là où experts situent le débarquement de Jacques Cartier
[16:47]Logique de navigation par les cours d'eau — "tu suis le courant, toujours"

[17:10] Les Rabascas et les îles disparues *(raised by: Jocelyn)*

[17:10]Description des Rabascas — grandes embarcations pouvant transporter jusqu'à 5 000 livres
[17:30]Utilité pour les voyages entre villages
[17:32]Île ensevelie en face de Pointe-Laval — disparue avec la montée des eaux

[18:07] Ce que Jocelyn ressent en marchant sur ce sentier *(raised by: Animateur à 17:54)*

[18:07]Colère et tristesse face à l'oubli — mais "ce n'est pas la faute des gens"
[18:25]Sentiment de mission — raconter pour que plus de monde sache, sans vouloir changer le monde
[18:36]Inspiration — voir le territoire à travers plusieurs époques simultanément
[18:43]L'histoire de "L'Étoile du jour" — jeune femme courant à travers l'île pour rejoindre son amoureux mourant, liens tissés avec des lieux réels
[19:13]Ruisseau et vieilles cartes — la fiction ancrée dans des faits historiques vérifiables
[19:22]Réflexion sur l'avenir dans 100 ans — eau, inondations, changements climatiques
[19:36]Changement climatique en perspective historique — le territoire a toujours évolué
[19:50]Ce qui est nouveau : la responsabilité humaine et la vitesse d'accélération
[20:06]Relativisation — "de tout temps, la Terre a changé. Puis l'humain, c'est toujours adapté."
[20:14]Les Autochtones comme modèle de résilience — "ils ne sont pas disparus. Ils se sont adaptés."
[20:24]Métaphore conclusive — "On est un petit peu comme des sentiers"

[21:24] La réconciliation par la connaissance *(raised by: Jocelyn)*

[21:24]Symbolisme de la marche — "aller vers quelque part", puis "aller vers l'autre"
[21:36]Le sentier comme métaphore de la réconciliation — l'autre étant l'Autochtone ou son histoire non enseignée
[21:46]Reconnaître et connaître l'autre comme "un grand pas vers la réconciliation"
[21:55]Connaître l'autre réduit le racisme — "à partir du moment où tu connais l'autre, t'es beaucoup moins raciste"
[22:07]Les pensionnats comme déclencheur d'empathie — impact émotionnel profond sur les non-Autochtones
[22:28]"Oh my God, moi si on m'avait arraché mes enfants, moi je me serais mis à boire" — compréhension de la toxicomanie par l'empathie historique
[22:44]Comprendre l'autre → ne plus juger → chercher des solutions
[22:57]Vision d'un Québec où le "nous" peut vraiment exister
[23:02]Le "nous" inclusif — "ce n'est pas nous et eux, c'est nous"
[23:11]Utopisme assumé — "à mon âge, j'ai compris que ça touche certaines personnes, pis que d'autres ça touche pas. C'est correct."
[24:20]

L'œuvre comme message politique

[24:20]Skawanotti comme œuvre d'art contenant un message politique — "l'histoire, c'est politique"
[24:29]Message adressé à l'arrondissement — "ils ne l'ont pas super bien entendu"
[24:40]Absence de panneau devant l'église de la Visitation signalant le dernier village autochtone — deux ans après l'installation, toujours rien
[25:04]La ville a refait des panneaux historiques — mais aucun pour ce village autochtone
[25:15]"Il n'y a pas de bonne raison. Il n'y a pas de bonne raison."
[25:22]Argument pragmatique — panneau à ~6 000$, dérisoire dans les budgets municipaux
[25:54]Eugène Rouillard — fondateur de la Commission de toponymie, a effacé des milliers de noms autochtones au Québec
[26:29]Rue Eugène Rouillard dans Ahuntsic-Cartierville — nommée dans le parcours comme signal à la communauté
[27:13]Contribution de Rouillard au "génocide culturel" autochtone
[27:28]

Toponymie, renommage et résistance au changement

[27:28]Rue Christophe Colomb — sans rapport avec l'histoire canadienne-québécoise, pourtant préservée
[27:36]Christophe Colomb décrit comme génocidaire, esclavagiste — crimes reconnus même par le Vatican
[27:49]Difficulté de changer les noms — paradoxe illustré en imaginant changer Skawanasi
[28:06]Question inversée — "si je change la rue Christophe Colomb, qu'est-ce que tu en penses?"
[28:33]Rivière des Prairies / Skawanotti — apprendre le nom autochtone suffit, pas nécessairement renommer *(raised by: Animateur à 28:23)*
[28:50]"Christophe Colomb, c'est une douleur pour l'Amérique"
[29:05]Le Vatican a renié la Doctrine de découverte associée à Colomb
[29:32]Histoire peu connue — Colomb arrêté par la reine à son retour, emprisonné pour ses crimes
[30:07]Suggestion : "rue des Premières Nations" — ne favorise personne, grand impact symbolique
[30:28]Étiquette "woke" comme frein politique — "ce n'est plus une question de droite ou de gauche"
[30:51]"Je ne pense pas que du côté de la droite ou de la gauche, on apprécie particulièrement les génocidaires pédophiles esclavagistes"
[31:04]"C'est correct de reconnaître que les héros d'une certaine époque ne sont plus des héros."
[31:11]Parallèle avec Donald Trump — les noms d'une époque ne sont pas permanents
[31:34]Perspective autochtone sur les héros individuels — ne font pas partie de la culture d'honorer les individus
[31:55]Contrainte occidentale — valorisation des grands personnages historiques, à l'opposé de la culture autochtone
[32:09]Nécessité de raconter l'histoire autochtone publiquement — "il faut jouer le jeu"

[33:09] Genèse du projet Skawanotti *(raised by: Animateur à 32:41)*

[33:10]Point de départ — recherche sur l'oncle Jules, premier livre et spectacle de Jocelyn
[33:16]Découverte d'un panneau sur Ouetsique au parc Nicolaviel — réalisation que l'arrondissement s'appelle Ahuntsic
[33:27]Projet Fritillen et Agile — fiction inspirée de la noyade d'Ouetsique, personnage inventé 25 ans plus tard
[33:50]Suraccumulation de matériel de recherche — ne pouvait pas tout mettre dans le roman ou le spectacle
[34:15]Idée de parcours — inspirée par le projet de Millie Monnet (artiste autochtone, Vieux-Montréal, Marguerite Lefeu, avec QR codes)
[34:47]Projet de Millie Monnet disparu — Jocelyn pense qu'il aurait dû rester
[34:54]Développement et approche de l'arrondissement — autorisation, financement, partenariat
[35:20]Consultation de Jonathan Lanné (muséologue, Musée McCord, Wendat) — rigueur historique sans biais politique
[35:42]Intention de sortir de la politique pour "un portrait global qui est sans jugement"
[35:58]Résultat — spectacle historique/aventure + parcours documentaire/historique, deux complémentaires

[36:42] L'expérience du documentaire in situ *(raised by: Animateur à 36:23)*

[36:46]Point de départ du parcours — près d'un pont, superposition du bruit du pont moderne et de l'écoute du passé
[36:55]"Tu as les deux époques en même temps qui se chevauchent. Tu ne peux pas faire ça à la maison."
[37:01]Disponible aussi sur le site web — mais il manque "l'in-situ" : arbres, passants, bruit du pont
[37:10]"T'asseois sur un banc pour entendre les oiseaux chanter en même temps que tu écoutes quelque chose"
[37:23]Apprentissage du lâcher-prise — gars de spectacle habitué au retour immédiat du public
[37:34]L'œuvre d'art public ne compte pas ses spectateurs
[37:55]Temporel et intemporel — "tu le scannes quand tu as envie", pas de séquence obligatoire
[38:11]Preuve dans le temps — cette interview demandée deux ans après l'installation
[38:25]Comparaison avec une sculpture — laissée là, regardée au complet par certains
[38:38]"Ça m'apprend à lâcher prise sur la performance. Tout le côté performatif, il tombe. Puis il reste juste l'œuvre elle-même."
[38:49]"Je suis tombé en amour avec ça."

[39:02] Projets futurs *(raised by: Animateur à 38:55)*

[39:02]Montréal-Nord — découvertes archéologiques récentes, invitation de l'arrondissement pour un nouveau parcours
[39:11]Bibliothèques de Montréal — projet avec œuvres d'art murales, courant de l'année
[39:16]Application mobile — regrouper tous les parcours, navigation GPS style Google Maps, déclenchement au bon endroit
[39:44]Développement éventuel avec les communautés autochtones
[40:05]Potentiel Skawanotti 2 et 3 — extension vers l'ouest, autres segments de la rivière des Prairies
[40:22]Accessibilité — intégration de la LSQ après collaboration avec un artiste sourd
[40:56]Philosophie du "nous" dans l'accessibilité — chaise roulante, personnes âgées, en ligne
[41:15]Ce qui manque à la version en ligne — "c'est les arbres qui sont autour, c'est les gens qui passent, c'est le bruit du pont"
[41:26]

Clôture de l'entrevue

[41:32]Éloge de l'animateur — message, médium, progression artistique de Jocelyn
[42:10]Philosophie de vie de Jocelyn — "il n'y a personne d'autre que toi qui est mieux placé pour faire ce que tu as envie de faire"
[42:27]"Si la porte est ouverte, je rentre. Si je portais fermée, je m'en vais ailleurs."
[42:38]Remerciements mutuels
[43:08]Réflexion sur la conscience audio — réflexe développé grâce au projet, nommer l'endroit où on est
[44:06]Suivi — site web et réseaux sociaux, pas de lettre d'info
[44:54]Annonces — lancement au Festival Québécois, représentations le 8 (Beaubien) et le 10
[45:11]

Discussion post-entrevue — Équipe (hors micro)

[45:18]Réactions de l'équipe — enthousiasme partagé
[45:32]"Did you see the passion that he has this guy? The way he blends art, message, history — this guy's a rare kind." (Speaker 2)
[45:47]Jocelyn décrit comme exprimant les injustices "not with hatred" — "from a neutral point of view. Expresses the pain." (Speaker 4)
[46:03]"He's a fighter. But he's not out there throwing stones." (Speaker 4)
[46:16]Premier appel de 15 minutes devenu 1h30 — "we've got three episodes with this guy if we want to." (Speaker 2)
[46:28]"There's too much gold. So many golden moments." (Speaker 4)